» Veux-tu être saint ? Accomplis le petit devoir de chaque instant. Fais ce que tu dois et sois à ce que tu fais » (Chemin, 815).

La Trinité et tous les saints, Jean Fouquet (XVème s.)

La Trinité et tous les saints, Jean Fouquet (XVème s.)

 

À l’occasion de certaines canonisations, le Magistère de l’Église a enseigné que la sainteté ne consiste pas à faire des actions extraordinaires, mais qu’elle ne consiste, pour ainsi dire, qu’à se conformer avec la volonté de Dieu, exprimée dans l’accomplissement continuel et exact des devoirs de son propre état ».

C’est aussi ce simple chemin de sainteté que propose saint Josémaria: Veux-tu être saint ? Accomplis le petit devoir de chaque instant. Fais ce que tu dois et sois à ce que tu fais » (Chemin, 815).

Ce texte montre les deux exigences de la sainteté : une est matérielle (“fais ce que tu dois”: le petit devoir de chaque instant, son accomplissement sans retards : hodie, nunc, aujourd’hui, maintenant) et une autre formule (“sois à ce que tu fais” : l’accomplir en s’y investissant, parfaitement et par amour de Dieu).

Ces deux exigences se retrouvent en une seule : le soin aimant des petites choses. En effet, dans la pratique, les devoirs personnels ne sont pas matériellement grands, mais de « petits devoirs » de chaque instant et leur accomplissement parfait consiste aussi en de « petites choses » (des actes de vertu en de petites choses).

L’infini valeur de ce qui est « petit »

À la base de ces deux exigences, il y a l’idée que pour la sainteté, l’amour de la matérialité des œuvres est prioritaire. Qu’il a de la valeur, ce petit acte fait par Amour !

La valeur des œuvres sur le plan de la sanctification et de l’apostolat ne découle pas essentiellement de leur relief humain (de leur importance matérielle), mais de l’amour de Dieu avec lequel elles sont réalisées. Cet amour se manifeste très souvent en de « petites choses » dans nos rapports avec Dieu et avec les autres : du détail dans notre piété lorsque nous faisons de notre mieux pour dire une oraison vocale, ou pour faire une génuflexion devant le tabernacle, au geste de politesse ou de gentillesse. L’amour fait que ce qui est infime aux yeux des hommes devienne grand : « Faites tout par Amour. Ainsi il n’y a pas de petites choses : tout est grand »

« Les oeuvres de l’Amour sont toujours grandes, même s’il s’agit apparemment de petites choses ».

Matérialiser la grandeur intérieure

Cette priorité donnée à l’amour ne veut pas dire que la perfection objective, extérieure, des oeuvres réalisées soit peu importante. Saint Josémaria insiste aussi sur cela. Pour mieux comprendre son message il faut réfléchir un peu plus sur le sens de l’expression « petites choses ».

Avant tout, il ne faut pas croire que les « petites choses » sont essentiellement quelque chose d’extérieur à nous. Par exemple, dans le cas d’une « porte ouverte qui devrait être fermée », la « petite chose » n’est pas la porte ouverte, mais l’acte de la fermer en pratiquant la vertu de l’ordre par amour de Dieu. C’est-à-dire que les « petites choses » sont avant tout des actes vertueux que l’on qualifie de « petits » non point par l’intensité de l’acte (qui peut en réalité être vraiment grand) mais pour d’autres raisons : la courte durée, la petite importance sur le plan humain (c’est le cas pour beaucoup de détails d’ordre, indépendamment de leurs éventuelles conséquences importantes.

Qu’on pense ici à l’acte de fermer une porte lorsqu’il pourrait s’agir de la porte d’un frigidaire). Quand Josémaria parle de l’importance des “petites choses”, il fait allusion parfois à de “petites choses spirituelles”, qui ne sont que des actes intérieurs, même s’ils sont réalisés à l’occasion d’une activité extérieure (par exemple, le fait de dire une jaculatoire en fermant une porte, ou de renouveler dans son cœur l’offrande de son travail à Dieu). D’autres fois, en revanche, il pense à de « petites choses matérielles » : des actes qui ont pour objet un détail extérieur qui contribue à améliorer objectivement l’état des choses dans notre environnement, même si c’est très petit (par exemple, réparer quelque chose d’abîmé pour servir les autres par amour de Dieu).

Calmement, appliquons-nous

Dans le cas de ces dernières “petites choses matérielles”, saint Josémaria accorde de l’importance à leur effet extérieur bien que leur valeur en termes de sainteté réside en priorité dans l’amour avec lequel elles sont faites. Bien sûr, les petites choses sont précieuses par l’amour, grâce auquel elles peuvent devenir “grandes”, mais, dans la logique de l’Incarnation qui oriente toute la doctrine de saint Josémaria, ceci est inséparable de la valeur qu’a le fait de “bien faire les choses”, de s’appliquer à bien les exécuter. Bien entendu, elles ne perdent pas de leur mérite surnaturel si, malgré la bonne volonté d’agir avec perfection en mettant tous les moyens pour que les choses « sortent bien », on n’arrive pas à obtenir l’effet désiré.

Cependant la volonté ne serait pas bonne s’il n’y avait pas l’intérêt réel de faire que les résultats soient bons. Cet intérêt-là est continuellement présent dans les textes de saint Josémaria. Nous avons vu qu’il enseigne à « être à ce que l’on fait ».

D’autres fois il exhorte à réaliser avec perfection les tâches jusqu’à y mettre « la dernière pierre », à « achever les choses avec perfection humaine », de sorte que ce soit « un ouvrage délicat, achevé comme un filigrane, bien fait », et il cite dans ce sens les vers d’un poète castillan : “el hacer las cosas bien /importa más que el hacerlas”que l’on pourrait traduire ainsi: « bien faire les choses importe plus que de les faire ».

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