L'abbé Gérard Thieux vous propose quotidiennement durant le temps du Carême un commentaire de l'Evangile
du jour.

 
"La meilleure prière se manifeste dans les paroles que Dieu a révélées directement et qui se manifestent dans les pages de la Bible."

Benoît XVI

Cinquième semaine de Carême :
Dimanche - Lundi -
Mardi - Mercredi - Jeudi - Vendredi - Samedi


Quatrième semaine de Carême :
Dimanche - Lundi -
Mardi - Mercredi - Jeudi - Vendredi - Samedi



Troisième semaine de Carême :
Dimanche - Lundi -
Mardi - Mercredi - Jeudi - Vendredi - Samedi


Deuxième semaine de Carême :
Dimanche - Lundi -
Mardi - Mercredi - Jeudi - Vendredi - Samedi




Première semaine de Carême :
Lundi
- Mardi - Mercredi - Jeudi - Vendredi - Samedi


Féries après les cendres :

Dimanche : Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 1,12-15.
Jésus venait d'être baptisé. Aussitôt l'Esprit le pousse au désert.
Et dans le désert il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient.
Après l'arrestation de Jean Baptiste, Jésus partit pour la Galilée proclamer la Bonne Nouvelle de Dieu ; il disait :
« Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. »

Commentaire
Saint Marc, si disert d’habitude pour nous raconter les miracles opérés par le Christ, n’utilise que quelques mots pour nous décrire cet épisode mystérieux des tentations de Jésus : « Il resta quarante jours dans le désert, tenté par Satan ». Une manière peut-être de nous conseiller d’être plutôt attentifs au conseil du Seigneur qui suit : « Convertissez-vous ».
C’est bien l’enjeu du Carême : nous convertir, c’est-à-dire nous tourner vers Dieu au lieu de céder aux sirènes des différentes tactiques que le diable essaie sur nous, avec, il faut bien le dire, un taux de succès non négligeable.
Quelles sont ces tentations qui font mouche si facilement ? L’orgueil avant tout : le fait de penser que nous pouvons nous passer de Dieu, et surtout le découragement qui pointe le bout de son nez dès que quelque chose ne va pas ou que nous constatons, une fois de plus, nos faiblesses et nos chutes. Le mensonge, ensuite, dont satan est le père, et surtout sa forme la plus sournoise : ne pas vouloir regarder la vérité (me concernant) en face et chercher, en les trouvant toujours, des excuses qui n’en sont pas et qui ne servent qu’à déplacer provisoirement le problème. La sensualité ensuite, cette place excessive que nous accordons à ce qui satisfait nos sens, parfois les plus bas. Et tant d’autres…
Que faire face à ces tentations ? : répondre comme Jésus, dans le récit de saint Matthieu : je ne veux adorer que Dieu seul. C’est le but de ce Carême. Commençons par nous l’approprier en pensée et en paroles, et les actes suivront, avec la grâce de Dieu.


Samedi : Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 5,27-32.
Jésus remarqua un publicain (collecteur d'impôts) du nom de Lévi assis à son bureau de publicain. Il lui dit : " Suis-moi."
Abandonnant tout, l'homme se leva et se mit à le suivre.
Lévi lui offrit un grand festin dans sa maison ; il y avait une grande foule de publicains et d'autres gens attablés avec eux.
Les pharisiens et les scribes de leur parti récriminaient en disant à ses disciples : « Pourquoi mangez-vous et buvez-vous avec les publicains et les pécheurs ? »
Jésus leur répondit : « Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin du médecin, mais les malades.
Je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs, pour qu'ils se convertissent. »


Commentaire
Quel contraste, quelle contradiction apparente ! : hier nous avons compris qu’il nous fallait jeûner, et voilà qu’aujourd’hui nous voyons Jésus attablé à un grand festin en compagnie “de publicains et de pécheurs”, au grand étonnement des pharisiens et des scribes, et peut-être du nôtre aussi.

La réponse de Jésus éclaire tout, encore une fois. Ce n’est pas le comportement ponctuel qui l’intéresse, mais plutôt l’objectif recherché, qui dans le cas présent et dans toute la vie chrétienne est la conversion.

Que veut dire “se convertir” ? Les apprentis skieurs le savent : la “conversion” est un exercice compliqué, voire périlleux, que l’on fait à l’arrêt et qui permet de se retrouver, malgré la présence encombrante des skis, orienté dans la direction opposée à celle que l’on avait, afin de prendre une autre route, que l’on considère meilleure.

Or bien souvent, notre péché  consiste précisément à être arrêtés, dans une position inconfortable pour notre âme car elle risque de s’engourdir sur place, et à  refuser toute avancée significative sur le chemin que Dieu souhaiterait nous voir emprunter.

Et pour Jésus, pour nous aider à nous persuader qu’il faut se convertir, qu’il faut changer de mentalité et peut-être de vie, tous les moyens sont bons, y compris s’asseoir à la table des pécheurs, afin d’être plus proches d’eux. Son attitude est d’ailleurs la même tout au long de l’évangile : il n’aime pas les péchés, mais il aime les pécheurs, il veut leur salut, et fera tout pour les convaincre.

Laissons donc le Christ nous délivrer son message de conversion, écoutons-le pendant ce Carême.

Vendredi : Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 9,14-15.
Les disciples de Jean Baptiste s'approchent de Jésus en disant : « Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas, alors que nous et les pharisiens nous jeûnons ? »
Jésus leur répondit : « Les invités de la noce pourraient-ils donc faire pénitence pendant le temps où l'Époux est avec eux ? Mais un temps viendra où l'Époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront.

Commentaire
La question est posée, dans l’évangile d’aujourd’hui : faut-il jeûner ou pas ? La réponse de Jésus semble permettre plusieurs solutions, dont celle de remettre le jeûne à plus tard, et nous n’en serions pas mécontents, même pour un premier vendredi de Carême…

Pour comprendre si le jeûne est une pratique actuelle et souhaitable, peut-être pouvons-nous tout simplement essayer de comprendre un peu mieux en quoi il consiste, à quoi, à qui sert-il ?

Jeûner signifie se priver substantiellement de nourriture, sans mettre sa santé en danger, fût-ce au prix de quelques gargouillis, qui ne gêneront que notre amour-propre…

L’important n’est cependant pas le contenu (si l’on peut dire !) du jeûne, mais son but ; le Catéchisme nous indique qu’il contribue à nous faire acquérir la maîtrise sur nos instincts et la liberté du cœur.

Maîtriser ses instincts… : mais ne font-ils pas partie de notre nature ? Ne dit-on pas qu’il faut suivre ses instincts ? Certes, c’est une option souvent utile, mais peut-on dire la même chose de cette propension au laisser-aller et au “farniente”, de la facilité avec laquelle nous cédons aux charmes de la fameuse “grasse matinée”, ou de cette étrange compassion que l’on éprouve pour soi-même, toutes attitudes qui nous empêchent bien souvent d’accomplir notre devoir ?

Et la liberté du cœur ? Ne nous permet-elle pas, si elle existe, d’aimer ce qui en vaut vraiment la peine ?

Alors oui, tant que nous ne sommes pas avec l’Époux, sachons pratiquer le jeûne pour faire ce que nous devons, à savoir emprunter avec décision le chemin du Ciel.

Jeudi : Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 9,22-25.
Jésus disait à ses disciples : " Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les chefs de prêtres et les scribes, qu'il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. "
Il leur disait à tous : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour, et qu'il me suive.
Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera.
Quel avantage un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c'est en se perdant lui-même et en le payant de sa propre existence ?

Commentaire
Difficile de trouver un évangile plus clair pour ce début de Carême…

L’enjeu est évident : le Carême n’est pas un exercice de gymnastique spirituelle destiné à on ne sait quel récompense de pacotille, mais un itinéraire dont le guide est le Christ et dont le terme est le Salut, la vie éternelle.

Comparé aux avantages matériels, “il n’y a pas photo” comme on le dit familièrement. Mais voilà : sommes-nous bien convaincus que la vie éternelle, cet état de vie où la lumière sans déclin et le bonheur sans fin nous attendent, vaut tous les sacrifices ?

À observer les efforts que l’on est capable de faire pour perdre quelques kilos, pour économiser en vue d’un achat plus important, pour s’entraîner en vue d’une compétition d’où l’on espère rapporter une médaille que l’on perdra quelques mois ou années plus tard, ou pour tout autre objectif humain, force est de constater que nous sommes parfaitement capables de surmonter les nombreuses difficultés qui nous empêchent de parvenir à nos fins.

Dès lors, on se demande pourquoi nous ne sommes pas plus prompts à écouter le conseil que Jésus nous donne pour remporter la “couronne impérissable” dont parle saint Paul.

Bon d’accord, pouvons-nous répondre, à la limite je veux bien prendre ma croix, mais… chaque jour ! Ne peut-on pas négocier ?

Seigneur, aide-nous à être généreux pendant ce Carême, car cela vaut la peine !


Mercredi des cendres :
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 6,1-6.16-18.
Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d'agir devant les hommes pour vous faire remarquer. Autrement, il n'y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux.
Ainsi, quand tu fais l'aumône, ne fais pas sonner de la trompette devant toi, comme ceux qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense.
Mais toi, quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite,
afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra.
Et quand vous priez, ne soyez pas comme ceux qui se donnent en spectacle : quand ils font leurs prières, ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et les carrefours pour bien se montrer aux hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense.
Mais toi, quand tu pries, retire-toi au fond de ta maison, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra.
Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme ceux qui se donnent en spectacle : ils se composent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu'ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense.
Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ;
ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra.

Commentaire
« Évitez d’agir devant les hommes pour vous faire remarquer ». Si d’aventure nous avions prévu de faire une entrée spectaculaire, en fanfare, dans ce temps de Carême, nous voilà prévenus : ce n’est pas ce que Dieu attend. Ce qu’il souhaite, c’est de nous voir entrer dans une intimité accrue avec lui, par la prière, et dans une intimité accrue avec nos frères en humanité, par l’aumône et la pratique du jeûne. L’intimité ne se proclame pas sur les toits mais cela n’empêchera pas Dieu de l’apprécier : « Ton Père voit ce que tu fais dans le secret ; il te le revaudra » lirons-nous encore dans l’évangile d’aujourd’hui.
À nous d’être discrets et concrets en même temps, à l’image des Cendres que nous recevons sur le front. Vous avez probablement plusieurs idées pour vivre le Carême, mais je vous conseillerai volontiers de privilégier des petits sacrifices qui ne seront vus que de Dieu seul. Faites-vous une courte liste, gardez-la par devers vous, et chaque jour choisissez un effort ou une privation qui seront autant de marches qui, gravies chaque jour les unes après les autres, vous approcheront du sommet du Golgotha où le Christ offre sa vie pour nous afin de nous donner la Vie.